La bataille de Montélimar

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La bataille de Montélimar

Message  Pvt Bender Rodriguez le Dim 10 Mar - 11:38

La bataille de Montélimar (21 août au 30 août 1944) est à la fois le point culminant et le point final de l’opération « Dragoon », deuxième débarquement allié en France après Overlord en Normandie. C’est le plus important engagement de la Seconde Guerre mondiale dans le sud de la France de par les moyens mis en œuvre par les belligérants. Une fois de plus, c’est pour la Wehrmacht, en l’espèce l’Armee-Ober-Kommando 19, une course contre la montre pour réussir à replier les unités qui lui sont subordonnées face à un adversaire américain qui parait décidé à lui barrer la route dans la vallée du Rhône pour l’empêcher de rejoindre la trouée de Belfort avant l’arrivée de ses propres troupes débarquées en Normandie deux mois plus tôt. Le succès du repli allemand dépend de la capacité de la 11.Panzer-Division, seule division blindée encore présente au sud de la Loire, à contenir, dans un premier temps, les attaques alliées poussant par le sud et, dans un deuxième temps, à s’extraire de la poche qui est train de se former au nord-est de Montélimar avec l’irruption de la 36th U.S. Infantry Division. Combattant à front renversé, la réussite de la manœuvre de la 11.Panzer-Division constitue un modèle du genre qui a donné lieu à la rédaction de plusieurs études pour les cours des Ecoles Supérieures de guerre américaine, suisse et française.


Si les Alliés réussissent parfaitement les deux premiers objectifs de l’opération Dragoon, réussir les opérations de débarquement, prendre les ports de Toulon (à J+12) et de Marseille (à J+13), le troisième objectif est la destruction du Groupe d’armées G de la Wehrmacht. Pour la partie qui nous intéresse, les combats de retraite sur la partie Est de la vallée du Rhône, c’est la 19e armée allemande, Etat-major en Avignon, qui a en charge la défense du Sud-est de la France. Pour réaliser ce troisième objectif, le commandement américain projette un groupement blindé à travers les Alpes par la Route Napoléon groupement qui conformément aux prévisions ne rencontre pas d’opposition des Allemands. Mais disons le tout de suite, les Américains ne parviendront pas in-fine à bloquer la retraite de la 19e Armée, l’Armee-Ober-Kommando. 19 (A.O.K. 19) - dans la vallée du Rhône, au nord d’un important nœud routier, Montélimar. Les raisons de cet échec sont simples. Nous les identifions dès à présent pour faciliter au lecteur le suivi de cette bataille aux lignes très mouvantes : ordres imprécis du Corps d’armée, en l’espèce le VI Army Corp (6e corps d’armée américain), sous le commandement du général Truscott, dispersion des moyens divisionnaires, voir régimentaires sur plusieurs compartiments de terrain, absence d’une masse de réserve à disposition du commandement, faiblesse des communications sur un terrain accidenté auquel il faut ajouter l’habituelle prudence du soldat américain face à un ennemi décidé. Notons enfin le manque de coordination avec les FFI Sud-Drôme. Pour la Wehrmacht, c’est l’application des principes de la conduite des opérations de guerre, concentration des moyens sur des objectifs précis et clairement définis, constitution d’une masse de réserve sous la main du Generalleutnant Wend von Wietersheim (commandant la 11. Panzer-Division), communication entre les officiers commandant de troupes et la troupe « de la bouche à la bouche » pour accélérer, et éviter toute incompréhension, dans la transmission des ordres. Ainsi, nous voyons dans la nuit du 28 au 29 août, où la pression américaine est la plus forte sur les 198. et 338.Infanterie-Divisionen, des officiers de l’Etat-major du LXXXV.Armee-Korps -[(fr.) 85e corps d’armée allemand]- partir à la recherche des commandants divisionnaires pour transmettre de la « bouche à la bouche » les ordres précis du général commandant l’A.O.K.19, le Generalleutnant Wiese, et s’assurer que ses ordres sont bien compris et seront exécutés sans attendre et sans possibilité d’interprétation.


I - Le contexte de la bataille de Montélimar

Malgré le nom de bataille de Montélimar, le terrain principal des combats est situé au nord et nord-est de la ville de Montélimar, et non dans la ville elle-même. C’est la vallée du Rhône, bordée par la route nationale 7 (RN 7), et les vallées latérales débouchant depuis l’Est, formant un quadrilatère de vingt-cinq kilomètres carré. Nous l’avons déjà dit, les lignes de la bataille sont très fluides, et nécessitent pour en suivre la lecture avec facilité, de prendre connaissance de la carte des opérations dénommée « Battle-Square Montélimar » : c’est le carré de la bataille de Montélimar. Il convient dans un premier temps de bien identifier les cours d’eau, le Rhône (fleuve) à l’ouest ; perpendiculairement, au nord la rivière Drôme etau sudle Roubion (cours d’eau).

Mais reprenons notre étude de la zone des combats. Le carré de la bataille de Montélimar est coupé en son milieu par des hauteurs boisées variant de 300 mètres coté ouest (c.à.d. en bordure de la vallée du Rhône) à 800 mètres de sommet coté est. Pour apprécier les dénivelés, nous donnons le niveau de la ville de Montélimar qui est de 80 mètres. De part et d’autre de ces hauteurs, ce sont deux compartiments de terrain, au nord la vallée de la Drôme, au sud la vallée du Roubion. Ces deux compartiments de terrain communiquent principalement par la RN 7, et à travers les reliefs par quelques routes secondaires, sinueuses et étroites, qui empruntent les cols de Condillac par Marsanne ou par Autichamp.

A présent, il convient de retenir les noms des localités portés sur la carte, elles sont le lieu de combats. Tout d’abord, au Sud-ouest, la ville de Montélimar, puis au Nord-est le bourg médiéval de Crest, entre les deux une perpendiculaire de 40 kilomètres. Crest est le point d’entrée de la 36th U.S. Infantry Division et de son sous-groupement blindé, la T.F.B., dans le Carré de bataille. Au Nord-ouest, c’est le bourg de Livron à l’embouchure de la vallée de la Drôme. Ce sont ensuite La Coucourde et Condillac, et du nord au sud, Allex, Grâne, Loriol, Marsanne, Autichamps, Cléon d’Andran, Puy Saint Martin et La Batie Rolland. Enfin, au centre du Carré de bataille, la forêt de Marsanne où le capitaine d’aviation Gaston Vernier – « Valière » dans la Résistance – organise un important maquis qui devient la 17e compagnie (A.S.) Sud Drôme.

Plus au nord, et hors du Carré de la bataille de Montélimar, la large vallée de l’Isère, avec les villes de Romans-sur-Isère et de Bourg-de-Péage, situées à trente-cinq kilomètres au nord-est de la rivière Drôme. Cette vallée fait communiquer Valence, au nord du département de la Drôme avec Grenoble, dans les Alpes. Cette vallée constitue pour les Américains une option, qui est tardivement exploitée, de bloquer la retraite de l’A.O.K. 19 ; pour les Allemands, elle représente au contraire une menace supplémentaire sur leur flanc est, à hauteur de Valence.

Le relief est accidenté, les liaisons radio sur ondes-moyennes sont difficiles et ceci ne sera pas sans conséquence pour les Américains, et notamment pour le général de brigade U.S. Butler durant la journée du 20 août. Le temps est très chaud, les cours d’eaux et rivières sont guéables, voir à sec pour certains. Cependant le 26 août un violent orage, à l’est de la vallée de la Drôme, augmente brutalement le débit de la rivière éponyme et contrarie les opérations de franchissement des troupes allemandes pour la journée du 27 août.

Enfin, notons dès à présent que des engagements secondaires, qui se rattachent à la bataille de Montélimar, se déroulent sur une zone excentrée de cinquante kilomètres au sud-est, comme le 22 août 1944 à Nyons où un engagement exemplaire oppose une partie du Panzer-Aufklärungs-Abteilung 11 – (11e détachement blindé de reconnaissance)– avec trois bataillons du 1er régiment FTPF sud Drôme.


II - Les forces en présence

Les Alliés

La force d’invasion, la 7th U.S. Army (7e armée américaine) est sous le commandement du général Alexander M. Patch. Elle est composée d’un corps d’armée et d’une armée ( !) : le VI Army Corp (6e corps d’armée américain commandé par le général Truscott et forte de trois divisions d’infanterie, la 3th, la 36thet la 45th) et l’armée B française (général de Lattre de Tassigny – composée de deux divisions d’infanterie et une division blindée).

Les missions sont bien définies : les Américains réalisent les opérations de débarquement et de conquête des plages, les divisions françaises débarquent le lendemain et se dirigent vers les villes portuaires de Toulon puis de Marseille. Ensuite, une des trois divisions américaines, la 36th U.S. Infantry Division, déborde par l’est les forces allemandes dans la vallée du Rhône en empruntant l’ancienne « Route Napoléon », puis serabat au nord de Montélimar dans le but de détruire le maximum d’unités allemandes dans un combat d’encerclement. Dans le même mouvement, la ville de Grenoble sera prise pour protéger le flanc est de la pointe américaine (cette décision n’est pas sans conséquence sur la suite des opérations). Au sud de la vallée du Rhône, la 3th U.S. Infantry Division se place à l’embouchure du Rhône pour isoler les garnisons de Toulon et de Marseille mais aussi pour protéger les divisions françaises qui mèneront l’assaut de ces deux villes portuaires d’une contre-attaque allemande qui peut se développer à partir d’un axe Avignon – Aix-en-Provence.

Dans cet article, nous n’abordons que la partie de l’opération Dragoon qui nous intéresse : c’est la manœuvre de débordement, au nord de Montélimar, exécutée par la 36th U.S. Infantry Divisionsoutenue pour partie par la 45th U.S. Infantry Division. Ce plan audacieux a été imaginé par le colonel F.F.I. André Zeller, et approuvé à cinq jours du débarquement, par le commandant en chef du corps expéditionnaire allié, le général Alexander M. Patch. Fait peu connu, cette Task Force aurait pu être française. En effet, le 3e bureau de l’Armée B, chargé des opérations militaires et de la cartographie, propose au commandement américain d’orienter une partie de l’armée B, qui dispose de la seule division blindée débarquée, « vers une progression hardie à travers les Alpes de Provence et du Dauphiné ou à travers les Préalpes du Vaucluse et du Vercors vers la vallée de l’Isère. » Plus précisément, il s’agit d’envoyer un groupement blindé français, dont les effectifs et les matériels sont prélevés sur la 1ère division blindée et les troupes de montagne, à travers les Préalpes en liaison avec les F.F.I. locaux qui forment comme un échelon de reconnaissance et de renseignement. L’objectif est une large manœuvre d’encerclement de l’Armee-Ober-Kommando.19 par la vallée de l’Isère et débouchant à Lyon. Patch refuse ce scénario, nous pouvons imaginer, maintenant que les évènements sont connus, ce qu’aurait apporté un groupe de combat français qui n’aurait pas à subir la barrière de la langue avec la population dans la recherche du renseignement et les liaisons avec les FFI auraient été améliorées pour une meilleure coordination des mouvements et des attaques combinées. A contrario, les divisions de la Wehrmacht sont composées pour partie d’éléments étrangers (Russes, Ukrainiens, Cosaques, Italiens, Polonais, …) et les Allemands connaissent, eux aussi, des difficultés de communication notamment avec leurs Hiwis (supplétifs russes), mais contrairement aux Américains, ils n’en attendent pas grand-chose. Mais revenons au refus de Patch, il s’explique aisément : il dispose déjà d’une Task Force qui est initiée au début du mois d’août par le commandement de la VI Army Corp qui souhaite disposer d’une réserve mobile apte à saisir toutes les opportunités qui se présenteraient. Enfin, n’oublions pas que l’objectif de l’armée B française est la prise du port de Toulon pour disposer d’une base de ravitaillement « à quai » pour l’ensemble de la 7 th U.S. Army.

La 3th U.S. Infantry Division, après avoir nettoyée la vallée de la Durance, remonte la vallée du Rhône pour pousser devant elle les unités de la Wehrmacht dans la nasse formée par les barrages de la T.F.B. et les y anéantir.
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